Quelles sont les Filles du Roy qui nous relient?

Une recherche en généalogie commence généralement par l’établissement de notre lignée directe, pour ne pas dire notre lignée patrilinéaire. Si la curiosité vous pousse à vous poser plus de questions, la généalogie devient vite un projet de loisir à long terme et un plaisir de trouver des réponses à vos interrogations.

Pour moi, c’est devenu une passion et ma curiosité m’a permis de trouver des filons qui ont alimenté mes années de recherche.

Une conférence sur la lignée matrilinéaire

La conférence organisée par la Société de généalogie de Saint-Hubert sur les Filles du Roy a été une révélation pour moi; j’en savais très peu sur le sujet, et leur importance m’avait échappé.

La conférencière, Madame Gabrielle Dussault, nous a parlé de lignée matrilinéaire et de l’importance des Filles du Roy sur la génétique de leurs descendants et surtout de leurs descendantes.

Madame Dussault nous a référé au livre de Pierre-Yves Dionne1, où il est question à la page 36 de la transmission génétique de 37 gènes provenant de l’ADN mitochondrial. Cette transmission provient exclusivement de l’ovule maternel et elle est transmise uniquement de mère en fille. C’est par cette découverte que les lignées maternelles prennent de l’importance dans nos recherches. Nous pouvons ainsi remonter par la lignée matrilinéaire jusqu’à la Fille du Roy nous ayant transmis ces gènes. On peut même se demander quelles sont les caractéristiques qu’elle peut nous avoir léguées. Si on se réfère à sa biographie, on peut peut-être faire ressortir des ressemblances dans les traits de personnalité.

Après avoir découvert dans mon arbre généalogique de quelle Fille du Roy dont j’étais le descendant, je me suis demandé s’il y avait des membres de notre société de généalogie qui descendaient de la même Fille du Roy.

Quand j’ai commencé ma recherche, j’ai constaté que ces mères de la Nouvelle-France se divisaient en deux groupes : les Filles à marier et les Filles du Roy.

Les Filles à marier et les Filles du Roy

Le premier groupe est arrivé entre 1634 et 1662. Les Filles à marier étaient prises en charge par les communautés religieuses; 262 femmes en sont issues. Ces filles signaient un contrat normalement comme domestique. Elles étaient recrutées par des particuliers comme des seigneurs, des marchands ou des sociétés religieuses comme la Société Notre-Dame de Montréal ou l’Hôtel-Dieu de Montréal. Une fois le contrat terminé, comme le retour en France n’était pas prévu après leur engagement, elles devaient épouser un colon. À partir de 1654, c’est Anne d’Autriche, mère de Louis XIV, qui s’est occupée de l’envoi de ces jeunes femmes.

Pour les personnes du deuxième groupe, les Filles du Roy, elles sont arrivées entre 1663 et 16732. C’est le roi Louis XIV qui s’occupait d’envoyer ces jeunes femmes en Nouvelle-France en payant leur voyage et, en général, une dot à leur mariage.

L’objectif principal de la venue de ce contingent de femmes en Nouvelle-France était le peuplement de la colonie. Comme les hommes célibataires étaient au courant de l’arrivée des navires, leurs venues provoquaient de grandes festivités sur les quais à Québec.

L’appellation Fille du Roy n’était pas utilisée au temps de leur migration. C’est Marguerite Bourgois qui, en 1698, soit 25 ans après l’arrivée du dernier contingent de ces femmes, a utilisé ce terme dans ses correspondances.

Les Filles du Roy devaient avoir une bonne réputation et une bonne santé et avoir reçu l’approbation des autorités civiles, religieuses et médicales avant de s’embarquer pour l’Amérique. Elles venaient en Nouvelle-France pour prendre mari et procréer, ce qui contredit les dires du baron de Lahontan associant les Filles du Roy à une population de femmes de petite vertu dont la stérilité conséquente de maladies vénériennes aurait rendu impossible la procréation.

Mon projet

Voici comment j’ai effectué mes recherches pour trouver les membres de notre société de généalogie provenant d’une même Fille du Roy.

Ma première source a été le cartable intitulé Nos membres et leurs racines parce qu’il contenait les lignées généalogiques de membres de la société. Ce document a été produit pour souligner le 25e anniversaire en 2014. Pour les habitués, ce cartable est bourgogne et il est consultable au local de la SGSH.

En plus de cette lignée, j’ai remonté la lignée matrilinéaire paternelle, c’est-à-dire la lignée matrilinéaire de la grand-mère paternelle du membre et la lignée patrilinéaire et matrilinéaire de ses grands-parents maternels pour obtenir quatre lignées par membre.

J’ai découvert que quelques Filles du Roy sont associées à plusieurs de nos membres. À titre d’exemple, Jocelyne Cauchon et Jocelyne Bergeron — pour qui les lignées matrilinéaires sont affichées ci-après — sont toutes deux descendantes de Louise Gargottin, Fille du Roy, qui a épousé Daniel Perron le 26 février 1664 à Château-Richer. L’aurait-on su sans cette recherche?

Je poursuis toujours mon projet, essayant d’établir des liens entre les membres de la Société de généalogie Saint-Hubert et les Filles à marier et les Filles du Roy. Éventuellement, je me propose de vous présenter les résultats de l’ensemble de ma recherche.

Deux lignées matrilinéaires reliées à Louise GARGOTTIN (ou GARGOTTINE) (Fille du Roy)
Louise GARGOTTIN (ou GARGOTTINE)
Statut : Fille du Roy Dot : aucune
Navire : Le Phoenix de Flessingue Arrivée : 30 juin 1663
Nom Mariage Conjoint
Louise GARGOTTIN (27) 26 février 1664, Château-Richer Daniel-François PERRON dit SUIRE (25)
Marie PERRON (24) 27 novembre 1691, L'Ange-Gardien, Québec Louis TREMBLAY (24)
Suite de la lignée matrilinéaire paternelle de Jocelyne BERGERON (# 145)   Suite de la lignée matrilinéaire maternelle de Jocelyne CAUCHON (# 375)
Nom Mariage Conjoint(e)
Marie-Madeleine TREMBLAY (25)

5 novembre 1726,

Saint-Pierre-et-Saint-Paul,

Baie- Saint-Paul

François-Xavier FORTIN (23)
Madeleine FORTIN (23)

24 novembre 1756,

Baie- Saint-Paul

Nicolas TREMBLAY (25)
Madeleine TREMBLAY (19)

18 novembre 1776,

Les Éboulements

François GÉRARD (22)
Placide GÉRARD (17)

6 novembre 1810,

Saint-Pierre-et-Saint-Paul,

Baie- Saint-Paul

Moïse TREMBLAY (20)
Madeleine TREMBLAY (25)

6 août 1844,

Saint-Urbain,

Charlevoix

Barnabé SIMARD (29)
Marie-Anne SIMARD (24)

24 janvier 1871,

Saint-Pierre-et-Saint-Paul,

Baie- Saint-Paul

François FORTIN (20)
Lucinie FORTIN

26 février 1900,

Baie- Saint-Paul

Arthur BERGERON
Anastase BERGERON

8 juillet 1936,

Saint-Cyrille, Normandin,

Lac-Saint-Jean

Imelda PELLERIN
Jocelyne BERGERON   Pierre DECELLES
 
Nom Mariage Conjoint(e)
Marie-Dorothée TREMBLAY (22)

21 janvier 1715,

Baie- Saint-Paul

Étienne DESBIENS (23)
Brigitte DESBIENS (20)

18 novembre 1748,

Ile-aux-Coudres

François LAJOIE (23)
Félicité LAJOIE (19)

24 avril 1775,

Les Éboulements

Godefroy TREMBLAY (25)
Suzanne TREMBLAY (22)

14 septembre 1812,

Les Éboulements

Jérôme GIRARD (26)
Madeleine GIRARD (18)

30 juin 1831,

Les Éboulements

Noël GIRARD (21)
Louise GIRARD (25)

17 avril 1860,

Québec

Étienne TREMBLAY (25)
Isabelle TREMBLAY (22)

10 juillet 1893,

Roberval

James-Rufus McCLEAN (40)
Marie-Rose-Blanche McCLEAN (26)

18 septembre 1923,

Québec

Léo MORNEAU (24)
Hazel MORNEAU (22)

28 juin 1947,

Québec

Robert CAUCHON (25)
Jocelyne CAUCHON

28 juin 1975,

Charlesbourg

Jean-Luc LALIBERTÉ

Note : Les chiffres entre parenthèses indiquent l’âge des époux à leur mariage.

Denis Lafeuille

Bibliographie

1. LANDRY, Yves (2013) Les Filles du roi au XVIIe siècle, Montréal, Bibliothèque Québécoise, 280 pages

2. DIONNE, Pierre-Yves (2004) De mère en fille, Montréal, Éditions MultiMondes, Les éditions du remue-ménage, 81 pages