Grâce à la plateforme Zoom, la conférence de madame Isabelle Bouchard, professeure à l’Université du Québec à Trois-Rivières, a été donnée virtuellement aux membres de la SGSH le mercredi 13 janvier 2021. Elle traitait des communautés autochtones de Kahnawake et d’Odanak, deux communautés parmi celles qui ont vécu le long du Saint-Laurent : les Hurons-Wendat, les Algonquins et les Nepissings, les Abénakis (Wôlinak et Odanak) et les Iroquois (Kanesatake et Kahnawake).  

 

Jusque-là, tout va bien. 

 

Mais qui l’eût cru!

 

Eh oui! Des Amérindiens de la vallée du Saint-Laurent ayant vécu au temps des Français avant la Conquête ont été des seigneurs au même titre que les Français. Au fond, nous sommes surpris. C’est comme si tout un pan de l’histoire nous avait été caché. Mais, quand on y réfléchit bien, pourquoi pas!

 

Mme Bouchard nous a ramenés en 1627, l’époque du régime seigneurial de la Nouvelle-France. Ce régime existait pour les terres colonisées par la France en Amérique du Nord. C’était un mode de propriété foncière caractérisé par une superposition de droits de propriété, comme l’a bien expliqué notre conférencière. 

 

En ces temps, le roi de France prenait propriété des terres de la Nouvelle-France et il s’attachait des seigneurs en échange de prestige et d’honneur liés à leur rang. Les seigneurs bénéficiaient également des revenus de ces terres octroyées, mais non données. 

 

Un seigneur recevait son fief de la seigneurie du roi par ses représentants, l’intendant et le gouverneur, et il devait concéder gratuitement des parcelles de terre aux habitants canadiens qui lui en faisaient la demande. On appelait ces terres, des censives. Les censitaires, quant à eux, avaient le droit, entre autres, de vivre sur cette parcelle de terre, de l’exploiter et même de la vendre. Ainsi, en Gaspésie, les habitants avaient le droit d’exploiter des pêcheries, alors qu’ailleurs, ils cultivaient leur terre. En revanche, le seigneur bénéficiait de droits sur ses censitaires. 

 

En Nouvelle-France, les représentants du roi attribuaient les seigneuries au clergé, à la noblesse et au tiers état, ce dernier groupe de personnes représentait des membres de la communauté n’appartenant ni au clergé ni à la noblesse. Dans cette catégorie, des communautés autochtones, les Hurons-Wendat, les Abénakis et les Mohawks, se sont vu accorder chacun une seigneurie, respectivement la seigneurie de Sillery, celle de Pierreville et celle du Lac-des-Deux-Montagnes. 

 

Les recherches de Mme Bouchard ont fait ressortir que ces seigneurs ont distribué des terres et qu’ils ont rempli leurs obligations comme le faisaient les autres seigneurs. Les Mohawks, par exemple, dès 1770, feront construire un moulin à farine, la construction d’un moulin étant un droit réservé aux seigneurs. Les Français voyaient un avantage à s’associer aux autochtones. Ils avaient des alliés et étaient alors plus nombreux à se défendre contre les Britanniques.

 

Cette organisation de propriété des terres durera jusqu’en 1854. Son abolition s’inscrira dans une intention des Britanniques de faire la transition de l’économie capitaliste vers le libéralisme. Vers 1840, il y aura la création des municipalités, un nouveau mode de propriété des terres. Par ailleurs, en abolissant les seigneuries, le gouvernement permettait aux seigneurs de devenir propriétaires de leurs terres. 

 

Cette cession des terres ne s’est pas faite pour les seigneurs autochtones. On a plutôt créé des réserves qui correspondaient au territoire non vendu aux censitaires, et ce qui parait nettement injuste, c’est que les autochtones ne sont jamais devenus propriétaires de ces terres. Elles appartiennent encore à l’État. Un peu avant, une commission s’était penchée sur la situation des autochtones. Il s’agit de la Commission Darling en 1828 dont le rapport, le Rapport Darling, placera les bases de la politique de tutelle et d’assimilation des peuples autochtones.

 

Quelle n’a pas été la surprise des auditrices et des auditeurs à cette conférence! Cela ne correspondait pas du tout à ce que l’on avait appris dans nos petits livres d’histoire à l’école. Il faudra peut-être les réécrire ces livres… 

 

Jocelyne Cauchon

Rédactrice en chef